Libellula depressa

Libellula depressa (Linnaeus, 1758) : la libellule déprimée

Inutile de sortir les cachets, cette libellule est déprimée, mais pas dépressive ! En effet, elle doit son nom à son abdomen aplati chez les deux sexes, et pas à un quelconque comportement suicidaire. 
A l'émergence, mâle et femelle sont très semblables, il faut regarder attentivement l'écartement des appendices anaux pour les différencier. L'abdomen largement ovale a une couleur vert-brun, rehaussé de taches marginales jaunes. 

La femelle va conserver cette coloration, qui va s'assombrir avec l'âge. J'ai photographié une fois un très vieil individu qui était devenu pratiquement noir. 

L'abdomen du mâle à maturité se couvre d'une pruine bleue, sans noir à la base où à l'extrémité. Par rapport à d'autres genres ayant aussi un abdomen totalement ou partiellement bleue (Orthetrum, Leucorrhinia), on remarquera les taches noires développées à la base des ailes de L. depressa , en particulier aux postérieures. 

L. depressa est une espèce très largement répandue, présente partout en France. Elle affectionne les eaux calmes et stagnantes, de préférence de petite taille, avec une forte capacité de dispersion et un caractère pionnier. On peut ainsi la croiser loin de tout point d'eau. C'est une espèce qui se perche en hauteur pour surveiller son territoire, décollant pour capturer une proie ou chasser un intrus, avant de revenir se poser au même endroit. 

Libellula fulva

Libellula fulva (Muller, 1764) : la libellule fauve

Cette espèce ne doit pas son nom à un comportement particulièrement sauvage, bien que ce soit un prédateur comme toutes les libellules ! 
Il faut plutôt chercher du coté de sa coloration, en particulier les individus frais éclos qui sont d'une belle couleur orangée typique, avec une ligne noire soulignant l'axe de l'abdomen. La femelle conservera cette teinte qui se ternira avec l'âge, tandis que le mâle va changer radicalement à maturité. Sa coloration va devenir bleue avec l'extrémité noire, et il va alors ressembler fortement à un Orthetrum, en particulier O. cancellatum. Il s'en distingue par plusieurs critères : des gros yeux bleus clair sur le dessus (ceux des Orthetrum sont sombres), des taches noires à la base des ailes, et les mâles qui se sont accouplés ont des traces de frottement dans la pruine bleue de l'abdomen, à mi-longueur, là où les pattes de la femelle s'accrochent. On peut également voir ces traces chez O. cancellatum, mais pas aussi développées. 

Libellula fulva est une espèce largement répandue sur tout type d'eau stagnante ou faiblement courante. Après l'émergence au mois d'avril et mai, les individus en cours de maturation s'éloignent de l'eau avanr d'y revenir pour se reproduire, et il est alors possible d'en croiser loin de tout point d'eau. J'ai en particulier en mémoire une séance photo dans un champ de colza où les fulva venaient chasser les nombreux insectes qui butinaient les fleurs. 

Libellula quadrimaculata

Libellula quadrimaculata (Linnaeus, 1758): la libellule à 4 taches 

Parmi nos odonates, c'est un de ceux qui a la plus grande amplitude écologique. On peut le rencontrer des basses plaines méridionales jusqu'aux plans d'eau montagnards à 2000m d'altitude. Toutefois, pour sa reproduction, elle reste cantonnée aux eaux stagnantes ou faiblement courantes même si elle peut venir chasser à proximité d'eaux courantes. 

Contrairement aux deux autres représentants de son genre en France, le mâle et la femelle sont semblables. L'abdomen a une forme particulière, moyennement large à la base et s'affinant progressivement et régulièrement vers son extrémité. Il est brun à la base, noir sur son dernier tiers, avec de petites taches jaunâtres applaties sur les cotés. Le thorax est brun avec des bandes un peu plus claires sur le coté. Le critère le plus visible de loin est la coloration des ailes ailes. Elles sont essentiellement hyalines, avec des nervures costales rehaussées de jaune, une tache noire à la base des postérieures, ambrée à la base des antérieures, mais surtout une tache noire au nodus de chacune des 4 ailes (d'où le nom d'espèce), qui font doublon avec les pterostigmas sombres. 

Comme les autres Libellula, c'est un "percheur", c'est à dire une espèce qui se pose fréquemment et qui va décoller de son poste d'observation pour capturer ses proies avant d'y revenir. En cas de forte densité d'individus, elles vont passer plus de temps en vol pour houspiller les autres représentants de leur espèce en dehors de leur territoire. Ce comportement rend cette espèce très visible là où elle est présente, même s'il y a peu d'individus.